Vers une réserve militaire enfin renforcée ?

 Des gendarmes réservistes participent à une formation à l'école nationale de la police de Fos-Sur-Mer, en 2010. / Patrick Valasseris/AFP  

« Ça fait des années qu’on parle de revaloriser la réserve » : Jean-Marie Bockel, sénateur UDI du Haut-Rhin et lui-même colonel de réserve de l’armée de Terre, reste lucide sur un chantier où les déclarations d’intention se sont longtemps accumulées sans déboucher sur des mesures concrètes.

Jusqu’ici, la réserve restait une « variable d’ajustement budgétaire pour la défense », alors même que le Livre blanc sur la défense de 2013 et la loi de programmation militaire 2014-2019 devaient renforcer son importance. Sa collègue Gisèle Jourda, sénatrice PS de l’Aude, confirme que la « réserve est peu utilisée », alors qu’il devient nécessaire « d’alléger les effectifs de l’active et les déployer sur d’autres fronts ». Seuls 400 volontaires sous « engagement à servir dans la réserve » (ESR) sont engagés dans l’opération Sentinelle, sur un total de 10 000 militaires.

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Plus d’hommes, plus de moyens

Les deux sénateurs préconisent d’abord de tenir les efforts récents dégagés par l’État : en mars 2015, Jean-Yves Le Drian s’était engagé à faire passer le nombre de volontaires de la réserve opérationnelle de premier niveau (RO1) de 28 000 hommes à 40 000 engagés. 96,3 millions d’euros ont été alloués pour l’année 2016, en hausse de 17 % par apport à 2014. Ils devraient être intégralement consommés, à l’inverse de ce qui s’est passé ces dernières années, avec une coupe de 30 % constatée dans le budget de la réserve de 2009 à 2014. Les rapporteurs réclament aussi, au-delà de la question des moyens, un « saut qualitatif ». Ils proposent ainsi la création d’une Inspection générale de la réserve militaire, qui serait commandée par un officier général sous l’autorité du chef d’état-major des armées, alors que la gouvernance actuelle est éclatée dans cinq organismes différents. Améliorer une gestion des ressources humaines encore largement insuffisante est aussi l’une des priorités établies par le rapport. Elle est quasiment inexistante pour la réserve de deuxième niveau (RO2) qui regroupe les anciens militaires tenus à une obligation de disponibilité.

Valoriser les réservistes

L’un des grands enjeux du rapport est celui de la territorialisation : il s’agit de lutter contre les « déserts militaires », en rapprochant le lieu de vie des réservistes de leur lieu d’activité sur tout le territoire. Sur ce point, les réserves de la gendarmerie sont ainsi érigées en exemple. Autre enjeu, celui de la valorisation des réservistes. Ayant constaté que de nombreux salariés s’engagent en réserve de façon clandestine vis-à-vis de leur employeur, par exemple sur leurs jours de congé, les rapporteurs envisagent de rétablir un crédit d’impôt pour les entreprises qui emploient des salariés réservistes opérationnels. « Il faut faire comprendre qu’un réserviste est un plus pour l’entreprise », explique Jean-Marie Bockel. « L’aspect financier n’est pas ce qui intéresse le plus les réservistes », remarque au passage Gisèle Jourda. Le meilleur moyen de motiver les jeunes est selon elle de « rendre possible une évolution de carrière, alors qu’ils ne peuvent jamais accéder aux différents grades ».

« Garde nationale », un terme qui fait débat...

 
Source et suite de l'article: LA CROIX - Quentin Fruchard