Réserviste de la gendarmerie, je mène une double vie : ce n’est pas un camp de vacances

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Par Dominique-Vestris
Major réserviste

LE PLUS du Nouvel Obs. Suite à l'attentat de Nice, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait appelé "tous les Français patriotes qui le souhaitent" à rejoindre la réserve opérationnelle".

L'objectif de 30 000 réservistes de la gendarmerie est atteint et de nombreux jeunes citoyens en France se forment pour rejoindre les rangs de la réserve opérationnelle". Dominique VESTRIS en fait partie depuis plus de 25 ans, il explique pourquoi.

Centre d'entraînement des forces de gendarmerie à Saint-Astier en Dordogne, le 20/07/16 (L.JOLY/SIPA)

Cette tribune, initialement publiée le 26/07/16, a été mise à jour régulièrement.

Membre de la réserve opérationnelle de la gendarmerie depuis 1993, j’ai gravi les échelons au fil des années, pour atteindre le grade de major depuis 2012. Également formateur lors de préparations militaires, j’ai clairement constaté un engouement soudain pour ce type d’engagement suite aux événements des attentats de 2015, et d’autant plus après les propos des gouvernants qui ont déclarés Inciter: "Tous les Français patriotes qui le souhaitent", à rejoindre la réserve opérationnelle.

Depuis, nous avons reçu beaucoup de messages – plusieurs dizaines de mails par jour – de personnes civiles cherchant à intégrer la réserve de la gendarmerie, que l’on oriente vers les services compétents.

Je salue leur volontariat, néanmoins ces jeunes se font parfois une idée biaisée de l’engagement et déchantent à leur arrivée : la réserve opérationnelle n’est pas un camp de vacances, ils doivent en avoir conscience.

Des abandons à chaque formation

Dans le cadre des formations de une à quelques semaines, qui ont lieux en france, il y a de déjà eu plusieurs abandons dès les premier jours. Certains ne se rendaient pas compte du rythme intense qu’impose une préparation militaire, qui nécessite notamment de se lever très tôt et de se coucher très tard. D’autres sont partis pour blessures.

Aujourd’hui, un civil doit obligatoirement passer par une préparation militaire pour valider un certain nombre d’ateliers, à la fois, physiques, techniques et juridiques (aptitude au tir, techniques d’intervention, discipline, rigueur, cohésion…). Ce n’est que s’ils valident cette formation qu’ils pourront, eux aussi, devenir réservistes sous contrat ESR (Engagement à servir dans la réserve). Ils devront ensuite obligatoirement obtenir la qualification d’agent de police judiciaire adjoint, ou pourront bénéficier d’une expérience pour préparer l’école de la gendarmerie nationale.

Accepter de mener une double vie

Il est important de savoir rester à notre place – nous ne sommes que des gendarmes réservistes et non "d’active", soit l’équivalent d’intérimaires – tout en ayant conscience que s’engager dans la réserve opérationnelle est un engagement sur la durée. En 25 ans, c’est pour ma part l’activité que j’ai occupé le plus longtemps dans ma vie.

En 1993, alors que je travaillais dans une société d’audiovisuel, j’ai souhaité devenir réserviste, avant tout par nostalgie pour mon service militaire. J’ai passé plusieurs grades, de sous-officier à cadre, avant de devenir major. Je mène désormais une double vie entre la réserve opérationnelle et mes missions de conduite et de protection d’une personnalité au sein d’une agence interministérielle.

Aujourd’hui, les entreprises sont tenues d’autoriser leurs personnels réservistes à effectuer des renforts de la gendarmerie cinq jours par an, durée portée à 10 jours récemment. Le reste de mon engagement se fait lors de renforts en unités, sur mon temps de repos compensatoire, sur mes week-ends ou mes congés annuels. Je fais également certains services de nuit quand je le peux. Je n’y suis toutefois jamais obligé : je suis appelé en fonction de mes disponibilités et volontés.

Les missions sont variées

En tant que réservistes, nos missions sont très variées. Je participe des missions de police de la route, Sécurité d'évenements, lutte anti-cambriolage, surveillance générale, contrôles routiers, sécurisation des transports ferrés et collectifs routiers, ou encore à l'encadrement de plusieur stages et formations militaires.

À titre d’exemple, j’ai aussi  participé, avec des patrouilles de la gendarmerie d’active, à assurer la sécurité extérieure du camp d’entraînement de l’équipe de France à Clairefontaine durant l’Euro 2016. Les réservistes participent également à la sécurité du Tour de France depuis des années.

En 2006, j’avais par ailleurs été sélectionné dans le détachement de la réserve opérationnelle qui a défilé le 14-Juillet sur les Champs-Élysées.

Renforcer la réserve opérationnelle ? Une question de moyens

Suite à l’attentat de Nice, nous avons été appelés, lors de l’activation du code orange, à nous rendre disponibles. Nous avons alors été plus de 70% à répondre à cette sollicitation, mais n’avons pour le moment pas été envoyés sur le terrain, dans la mesure où il n’existe à ce jour pas d’urgence réelle dans les Yvelines, notre territoire d’affectation.

La volonté affichée du gouvernement de renforcer les effectifs de la réserve opérationnelle est une bonne chose, mais ne nous voilons pas la face : tout est une question de moyens.

La réserve de la gendarmerie bénéficie en effet d’un budget annuel permettant de faire appel à nous. Si celui-ci est épuisé aux deux tiers de l’année et que les crédits sont insuffisants, bénéficier de milliers de réservistes formés en plus devient compliqué. Heureusement, les crédits sont en augmentation et peuvent être abondés en cas d’urgence, ainsi la gendarmerie a-t-elle obtenu un complément de 16,5 millions d'euros pour renforcer le dispositif de la réserve opérationnelle jusqu'au 31 décembre 2016.

Propos recueillis par Rozenn Le Carboulec.

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