L’office anti-corruption employait un détective privé sans le savoir

Les locaux de l’OCLCIFF à Nanterre. Bernard C. y travaille comme réserviste. Il est en même temps détective privé. (Illustration) LP/Arnaud Dumontier

Le prestigieux service a utilisé un ancien policier pour ses enquêtes, sans savoir qu’il était aussi détective privé. Une fâcheuse confusion des genres.

Son nom apparaît comme agent de police judiciaire (APJ20) sur certains procès-verbaux d’enquête, d’audition et de perquisition effectués par l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF).

Bernard C., 57 ans, est un ancien policier devenu réserviste au sein de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Selon nos informations, l’ex-flic y aurait effectué plus d’une centaine de jours de missions depuis son départ à la retraite en 2015. Or nous sommes en mesure de révéler que cet ancien commandant, spécialisé dans les affaires financières, dirige parallèlement une agence d’activités privées de sécurité. Elle a pour principales missions les investigations commerciales, industrielles et privées (renseignements, enquêtes, surveillances, filatures).

En clair, l’ex-commandant est détective privé et APJ20 au sein d’un des services les plus sensibles du ministère de l’Intérieur. Une double casquette totalement contraire au code régissant la réserve civile de la Police nationale. Les textes sont en effet très clairs : l’agent doit s’engager à prévenir son service gestionnaire, en l’occurrence la DCPJ, « en cas d’une activité réglementée par les textes législatifs sur les activités privées de sécurité ». Dans ce cas la qualité de l’APJ20 est suspendue. Seules les missions ne nécessitant pas la mise en œuvre de la qualité d’APJ20 seront alors susceptibles de lui être confiées.

6 100 euros de chiffre d’affaires

En réalité, Bernard C. n’a pas prévenu la DCPJ qui ignorait tout de ses activités parallèles de détective. Une entorse aux règles administratives qui va, selon nos informations, conduire à la suspension du contrat de l’intéressé et déclencher une enquête de la police des polices (IGPN). Et sans aucun doute modifier le processus de recrutement des réservistes au sein de la police nationale, qui se contente, un peu naïvement, de la bonne foi du candidat.

En effet, aujourd’hui, rien n’oblige la Direction des Ressources et des compétences de la police Nationale (DRCPN) qui gère le dossier de la réserve civile à interroger le registre du commerce pour savoir si le candidat exerce des activités privées de sécurité.

Une rapide consultation du registre du commerce par l’administration aurait suffi à démasquer Bernard C.. Selon celui-ci, la société de l’ancien commandant de police n’a connu aucun arrêt, ni mise en sommeil depuis sa création, en juin 2016, jusqu’à aujourd’hui. Une création de société postérieure à sa candidature de réserviste. En 2016, la société indiquait un chiffre d’affaires de 6 100 euros.

«Je suis toujours resté loyal»

Reste désormais à savoir si Bernard C. s’est servi de ses missions au sein de l’office anti-corruption pour développer ses activités privées de sécurité. Ce qui serait une infraction pénale, passible de cinq d’emprisonnement et 300 000 euros d’amendes.

Contacté par Le Parisien, Bernard C. s’en défend. S’il reconnaît « une erreur », l’ancien commandant passé notamment par la Brigade financière et l’IGS, la police des polices, affirme ne pas avoir « utilisé de données confidentielles du service à des fins personnels ». « J’ai ma conscience pour moi, je suis toujours resté loyal », confie-t-il. Selon le réserviste, ses activités de détective se limiteraient à une douzaine de missions pour des cabinets d’experts-comptables. « Je débusque pour eux les faux comptables », confie-t-il. Côté réserve civile, l’ex-commandant affirme avoir accompli une soixantaine de jours de mission au sein de l’Office central anti-corruption où, par ailleurs, on se félicite de sa force de travail et de sa perspicacité d’enquêteur.

Source de cet article: LeParisien.fr - Par Jean-Michel Décugis