Le gouvernement entend mobiliser les réservistes pour aider la police et la gendarmerie à sécuriser les événements de l’été.

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Dès vendredi, le chef de l'Etat François Hollande a fait « appel à la réserve opérationnelle » pour renforcer l'action de surveillance du territoire. Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve a fait de même samedi soir, en invitant « tous les Français patriotes qui le souhaitent » à rejoindre la réserve opérationnelle de la police et de la gendarmerie nationale. En précisant que les préfets peuvent dès à présent puiser davantage dans cette réserve, qui représenterait 9.000 volontaires dans la gendarmerie et 3.000 dans la police. « L'objectif est de faire monter en puissance la capacité maximale de cette ressource dans les tout prochains jours », a ajouté le ministre. Il souhaite trouver 12.000 hommes chez les gendarmes. Pour quoi faire ? Place Beauvau, on évoque le besoin d'aider la police à sécuriser cet été les festivals, bals du 15 août, et tout autre événement de l'été...
De son côté, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a précisé que les militaires mobilisés sur le territoire national dans le cadre de l'opération Sentinelle seraient une fois de plus portés au niveau maximum de 10.000 hommes. Le ministre espérait relâcher quelque peu la pression sur l'armée de terre après l'Euro de foot, mais la tuerie de Nice l'oblige à y renoncer jusqu'à fin août.

Multiples obstacles

Au total, en France, les « forces de l'ordre » mobilisent environ 100.000 hommes pour assurer la sécurité des Français (53.000 policiers, 36.000 gendarmes et 10.000 militaires). Un effort sans relâche depuis les attentats du 13 novembre, aussi la situation devient extrêmement critique, surtout en cette période de vacances. D'où l'appel aux réservistes. Problème : depuis la professionnalisation des armées, la réserve est tombée en désuétude et n'a souvent d'opérationnelle que le nom. Selon un tout récent rapport du Sénat, il y aurait en France 54.374 réservistes, dont 28.000 dans l'armée et 25.000 dans la gendarmerie. C'est la réserve dite de « niveau un » : celle des volontaires. L'autre réserve dite de « niveau 2 » compterait plus de 127.000 hommes et regroupe les militaires qui ont quitté le service depuis moins de cinq ans. Cette réserve des « retraités » n'est pour l'heure pas concernée par l'appel du gouvernement. Pour devenir réserviste à la gendarmerie, il vaut avoir entre 17 et 30 ans, ne pas avoir de casier judiciaire, être en bonne santé, et effectuer une formation militaire de quinze jours minimum. Et surtout travailler soit à son compte, soit pour une entreprise prête à vous libérer trente jours par an pour servir l'Etat.

Un parcours administratif compliqué et décourageant

Dans l'armée, Jean-Yves Le Drian veut porter la réserve (terre, air et mer) de 28.000 à 40.000 hommes, mais les obstacles sont multiples. Depuis la fin de la conscription, le lien entre l'armée et la nation s'est distendu, et dans beaucoup de régions, il n'y a plus de casernes. En outre, la réserve a été longtemps la variable d'ajustement budgétaire de la défense. De 77 millions d'euros, le budget devait passer à 100 millions cette année pour financer les journées des réservistes, mais dès le deuxième trimestre, il n'y avait plus un sou en caisse. S'ajoute un parcours administratif compliqué et décourageant, sans parler de la difficulté à concilier son engagement avec sa carrière professionnelle. La réserve « opérationnelle » est donc encore très loin de ressembler à une garde nationale. Source: LesEchos.fr - Anne Bauer