La garde nationale bute sur des questions budgétaires

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Bercy ne comprend pas pourquoi les réservistes de la police coûtent beaucoup plus cher que ceux de la gendarmerie et des armées. Et refuse de financer le projet.

François Hollande ayant exigé que le projet de garde nationale soit mis sur les rails au plus vite, il devait être l'objet d'une communication au conseil des ministres du 5 octobre. Las ! Le sujet n'a pas été abordé. Le communiqué publié à l'issue du conseil de défense du 28 septembre avait joué la prudence : la présentation était alors annoncée pour « un prochain conseil des ministres ». On ne peut donc pas parler d'un faux pas, juste d'un contretemps. Mais le mois de septembre s'est révélé très actif. À tel point qu'après une succession de réunions les trois partenaires (armées, gendarmerie, police) qui affecteront des réservistes opérationnels à la future garde nationale sont d'accord sur l'essentiel. Les principes d'équilibre du corps de direction sont entérinés. Même si nous n'avons pas pu déterminer si le chef sera un général de gendarmerie et son second issu des armées, ou inversement, le choix final n'attend plus que l'accord formel du président de la République. Reste la question qui fâche : qui va payer la petite note ?

Attention aux détails

Le diable se niche dans les détails, en l'espèce dans ce que les spécialistes appellent les « sous-jacents ». Schématiquement, les questions se posent ainsi : la gendarmerie dispose des infrastructures (bâtiments, véhicules) permettant d'accueillir les membres de la garde nationale de son ressort. Elle doit les équiper (paquetage) et les solder (salaire), mais c'est sans grand problème. Pour l'armée de terre, c'est plus compliqué : elle doit disposer d'infrastructures et de matériels dans les régions où elle n'est pas présente. Tout cela a un coût auquel s'additionne aussi celui des soldes des paquetages. Problèmes identifiés et budgétés. Mais il y a une difficulté avec la police nationale. Bercy, qui est prié de payer la note – dont nous ne connaissons pas le montant –, tique sur le coût des forces de police affectées à la garde nationale : les demandes du ministère de l'Intérieur sont à cet égard disproportionnées avec celles des autres forces. En substance, selon une personne connaissant bien le dossier, « Bercy ne comprend pas pourquoi un policier coûte beaucoup plus cher que les autres ». Du coup, la création de cette structure nouvelle devient très compliquée quand on entre dans les détails.

Un enjeu politique

À en croire un spécialiste du sujet, très brûlant ces jours-ci, Bercy veut bien casser sa tirelire après les rallonges multiples de ces derniers mois, mais fait valoir que les besoins financiers de la mise sur pied sont mal définis. Résumé : sans précision ni justification sur les exigences du ministère de l'Intérieur, Bercy ne veut pas passer à la caisse. Dans tous les cas, ces questions devraient être rapidement réglées puisque l'Élysée a fait de cette création d'une garde nationale un enjeu de sa politique de sécurité. Elle coûtera de l'argent, elle emploiera des forces réservistes existant déjà, elle créera une couche administrative supplémentaire et chamboulera, une fois encore, l'engagement des forces armées sur le territoire national, mais elle affichera une vertueuse préoccupation de la protection des Français, ce qui n'a pas de prix en période électorale. Le calendrier des annonces est aujourd'hui décalé. Une question de quelques semaines, sans doute. source et article complet: LePoint.fr - PAR JEAN GUISNEL