FLASH BACK: La réserve militaire a été laissée à l’abandon

reservistes

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Pour ressembler à une garde nationale, son fonctionnement a besoin d'être complètement revu.

Pour le sénateur Jean-Marie Bockel (UDI), coauteur avec sa collègue Gisèle Jourda (PS) d'un rapport sur « la garde nationale ", le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a raison de faire appel aux réservistes de la gendarmerie. « La réserve opérationnelle de la gendarmerie est depuis longtemps bien organisée, avec un maillage territorial fort et un système d'appel à la journée qui fonctionne correctement ", constate-t-il. Chez les militaires, en revanche, la réserve opérationnelle que tente de renforcer le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, est en piètre état et souffre de l'absence de lien territorial. La bonne volonté des anciens militaires et des civils réservistes n'est pas en cause. Mais ce corps, qui aurait dû atteindre 80.000 hommes, selon le projet envisagé lors de la professionnalisation des armées, s'est perdu dans des procédures administratives ubuesques, l'absence d'intérêt des dirigeants et la pénurie budgétaire. Comme l'explique Jean-Marie Bockel aux « Echos ", « depuis la fin du service militaire, la réserve est devenue la variable d'ajustement budgétaire de l'armée professionnelle ". Son budget est d'ailleurs tombé au niveau ridiculement bas de 75 millions d'euros sur les quelque 32 milliards du budget de la Défense. Ainsi, à peine 400 réservistes sont venus en aide aux 10.000 soldats mobilisés depuis novembre dans le cadre de l'opération Sentinelle. Pour les rapporteurs du Sénat, il est plus que temps de s'attaquer au sujet. « Avec les attentats, nous savons qu'on a des années difficiles devant nous, et qui sait, des risques de troubles graves dans la société française, avertit Jean-Marie Bockel. Alors que les forces classiques ne suffisent plus, et que l'opération Sentinelle ne pourra être prolongée encore longtemps, il faut cette fois porter comme promis de 28.000 à 40.000 le nombre de réservistes ». D'autant plus que les Français ont tendance à se demander pourquoi l'armée n'agit pas à la moindre inondation, ou lorsqu'il y a une grève des éboueurs, sans même évoquer la sécurité des grands rassemblements. La population oublie que le service obligatoire, et son vivier de 400.000 hommes, a disparu depuis vingt ans !

Fossé immense

Après les attentats de Paris en novembre, François Hollande avait demandé au Congrès de « tirer mieux parti des possibilités des réserves de la défense... afin d'avoir les éléments qui peuvent demain, former une garde nationale encadrée et disponible ", Jean-Yves Le Drian a obtenu une première hausse budgétaire à 96,3 millions d'euros cette année, tandis que la baisse des effectifs s'est enrayée en 2015 (+700 réservistes). Mais des mots à la pratique, le fossé est immense, souligne Jean-Philippe Elié, réserviste, et créateur du site d'informations Défense citoyenne. « Un jeune qui postule attend en moyenne un an pour obtenir une réponse, à condition de frapper à la bonne porte ", raconte-t-il. Lui-même, ancien réserviste de l'armée de terre, doit attendre deux ans pour devenir réserviste dans la gendarmerie !

De fait, il n'y a pas de doctrine d'emploi de la réserve, et même des spécialistes, notamment des anciens du renseignement ou des arabisants, se plaignent de ne pas avoir été contactés depuis les attentats.

Source de l'article: lesechos.fr - par Anne Bauer