Donald Trump ordonne l’envoi de la garde nationale à la frontière avec le Mexique

Le président accentue la pression sur le Mexique et sur le Congrès depuis ce week-end pour qu’ils agissent afin d’empêcher l’arrivée de clandestins.

"taille_courante">En annonçant, mardi 3 avril, que « l’armée » serait affectée à la protection de la frontière avec le Mexique, Donald Trump a une nouvelle fois pris de court sa propre administration. Le lendemain, Kirstjen Nielsen, la secrétaire à la sécurité intérieure, a précisé que la mission reviendra à la garde nationale, le corps de réserve de l’armée. « Nous espérons que ce déploiement débute immédiatement », a-t-elle ajouté. Aucun élément n’a été donné sur les effectifs mobilisés, ni sur leur destination, ni sur le coût de cette mission. La garde nationale ne peut jouer en outre qu’un rôle de vigie, car elle n’est pas habilitée à procéder aux arrestations d’immigrants illégaux qui relèvent exclusivement de la compétence de la police des frontières.

En annonçant ces renforts, Donald Trump a évoqué « un grand pas ». « Nous ne l’avons pas fait auparavant, ou certainement pas beaucoup », a-t-il ajouté. Ses deux prédécesseurs, le républicain George W. Bush et le démocrate Barack Obama, ont pourtant pris cette même décision entre 2006 et 2008 (6 000 réservistes), dans le contexte d’une guerre des cartels de la drogue au Mexique, puis de 2010 à 2012 (1 200 réservistes), date à laquelle l’activité de la garde nationale avait été limitée à la surveillance aérienne. Le Texas a également déployé unilatéralement sa propre garde nationale en 2014 à l’initiative du gouverneur républicain d’alors, Rick Perry.

« Failles »

La décision du président a été l’aboutissement d’une longue série de messages furibonds à propos de l’immigration, publiés sur son compte Twitter pendant le week-end de Pâques. Donald Trump avait été exaspéré de ne pas obtenir le financement complet qu’il escomptait pour son projet de « mur » sur cette frontière, au point de menacer brièvement de ne pas signer, le 23 mars, la loi de finance votée par le Congrès. La diffusion de reportages concernant, au Mexique, une « caravane » de plus de mille migrants originaires de pays d’Amérique centrale en proie à la violence, a manifestement ravivé l’ire présidentielle.

Donald Trump a estimé que ces migrants souhaitaient bénéficier d’un statut temporaire prévu pour les sans-papiers arrivés enfants aux Etats-Unis, alors qu’il a supprimé ce dispositif en septembre 2017 et que ce dernier ne s’appliquait de toute façon qu’à des jeunes présents sur le sol américain depuis 2007. Il a également incité la courte majorité républicaine au Sénat (51 voix) à durcir la législation sur l’immigration.

Ses propositions, soumises en février au vote des sénateurs, n’ont cependant même pas recueilli la totalité des voix républicaines. Cet échec augure mal de « l’action rapide » du Congrès évoqué mercredi par un responsable de la Maison Blanche, s’exprimant sous couvert de l’anonymat au cours d’un échange téléphonique avec la presse, pour combler des « failles » d’ordre juridique.

« Dangereux gangs »

Le brusque raidissement de Donald Trump a été justifié par la secrétaire à la sécurité intérieure, qui a évoqué une "menace réelle" en mentionnant "des niveaux inacceptables de trafic de drogue, de dangereux gangs et d’immigration illégale". S’il est par définition impossible de quantifier le nombre d’entrées illégales aux Etats-Unis par cette frontière, le nombre des arrestations de sans-papiers y est pourtant en très nette diminution depuis des années. Un peu plus de 310 000 arrestations ont été effectuées en 2017 au lieu de 1,6 million en 2000, selon les chiffres de la police des frontières. Il s’agit même du plus faible nombre depuis 1971, même si la secrétaire à la sécurité intérieure a fait état mercredi d’une forte augmentation en mars.

Source et article complet: Le Monde Amérique - Par Gilles Paris